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lundi 23 mai 2022

Saint Didier de Vienne

Mgr Paolo Giulietti

Homélie de Mgr Paolo Giulietti, archevêque du diocèse de Lucca,
Sainte Messe célébrée à Viareggio mardi 12 octobre 2021,
jour du 60e anniversaire de la mort de Maria Valtorta.

– Traduction de : Père Michel Mallet –

Nous avons entendu les paroles de Paul qui dit « Je n’ai pas honte de l’Évangile » (Rm 1, 16-25). Il sait que la proclamation de l’Évangile, de la Grâce de Dieu manifestée dans le Seigneur Jésus dans sa vie terrestre, est ce qui compte le plus dans le ministère apostolique et dans la vie chrétienne : la connaissance de Jésus, l’accueil de sa Personne, la vie avec lui et pour lui. C’est pourquoi saint Paul n’a pas honte de l’Évangile.

Mais après, dans la suite du passage de la Lettre aux Romains, il parle aussi d’une autre possibilité de connaître Dieu, offerte à tous les peuples. C’est-à-dire la possibilité d’instruire, de percevoir intuitivement, quelque chose de Dieu à travers la création. C’est ce dont parle aussi le psaume [Ps. 18] que nous avons proclamé, et ce n’est pas un message dont les paroles peuvent être entendues, mais il atteint tout le monde.

La Création, qui témoigne de la grandeur, de la beauté et de la sagesse du Créateur, ne se fait pas connaître par des mots, ce n’est pas une annonce faite de paroles, mais elle atteint tout le monde comme le soleil, comme quelque chose à laquelle on ne peut pas se soustraire.

Et alors il me semble que ces deux réflexions, ces deux dimensions de la connaissance de Dieu, l’annonce de l’Évangile en la personne du Seigneur Jésus, mais aussi les possibilités que le Seigneur offre à tous les hommes de le connaître, nous amènent à réfléchir précisément sur la circonstance qui nous réunit ce soir, c’est-à-dire sur la personne de Maria Valtorta pour laquelle nous prions à l’occasion du 60e anniversaire de sa mort.

Dans ses visions, elle déclare qu’elle complète les omissions [dichiara di integrare le lacune : pas de nuance dépréciative, idée de compléter, de perfectionner en ajoutant quelque chose] de l’Évangile. Parce que l’Évangile, les Évangiles, le récit du Seigneur fait par les Apôtres, et consigné par les premières communautés chrétiennes, indubitablement ne nous dit pas tout.

Jean dit (Jn 21, 25) que tout n’a pas été mis par écrit : Ce qui a été écrit, c’est ce qui est utile pour que vous croyiez ; et il ajoute : Si on avait écrit tout ce que Jésus a fait, tous les livres du monde n’auraient pas suffi à contenir ses actions.

Et c’est ainsi que la piété chrétienne, au cours du temps, sous des formes très nombreuses et diverses, a perfectionné par des compléments, dans la logique de l’amour, dans la logique du besoin que l’amour a en face de lui, des images, des récits, quelque chose qui puisse faire sentir comme proche ce qui est annoncé.

Elle a perfectionné par des compléments [ha integrato] les paroles de l’Évangile, et ce sont les langages de la mystique, mais aussi les langages de l’art, les langages de la musique, les langages de la littérature. Tous les langages dans lesquels nous reconnaissons quand même une certaine inspiration de Dieu.

Combien de fois disons-nous que ce peintre est inspiré parce que vraiment ces langages, qui naissent de l’action de l’Esprit dans l’humanité, conduisent à une lecture qui va offrir des outils pour entrer plus profondément dans les Évangiles, pour les sentir plus proches, plus ‘nôtres’, plus en consonance peut-être avec la sensibilité de cette époque. Car alors ces langages connaissent des formulations différentes selon l’esprit du temps.

Combien d’expressions la mystique chrétienne, la peinture, l’art, la musique, ont inventées au cours des siècles, se sont données, ont accueillies par l’action vraiment efficace de l’Esprit, pour que l’Évangile touche le cœur encore plus que la Parole inspirée [toute seule] n’est capable de le faire ; répondant à un besoin qui est un besoin de l’homme, un besoin de notre nature, celui de donner un visage à Celui que l’Évangile ne dépeint évidemment pas.

Mais combien de visages du Seigneur Jésus avons-nous vu représentés par les plus grands artistes ? Tous très différents les uns des autres, et pourtant ces visages nous ont rapprochés de l’Évangile. Ces représentations, qui ne sont pas évangéliques, mais qui sont parfois nées d’une profonde inspiration intérieure, nous ont rapprochés de l’Évangile, en le complétant [integrandolo : idée de compléter, supplémenter, perfectionner en ajoutant quelque chose] certes, parce que l’Évangile nous parle peu du visage de Jésus, de ses yeux, de ses cheveux, de sa taille.

Mais nous avons besoin, nous les hommes, lorsque nous parlons d’un être cher, de nous le représenter. C’est là que l’art entre en jeu, mais aussi ses paroles, le ton de sa voix, les représentations sacrées, mais aussi le milieu dans lequel il a vécu.

Quand les peintres ont dû représenter le Seigneur, ils ont imaginé des choses que l’Évangile ne dit pas, parce qu’ils avaient besoin de donner un entourage [un intorno] à la Parole de l’Évangile qui aiderait les gens de leur temps à sentir cette présence plus proche, plus actuelle, plus ‘interpelante’, parce qu’elle est revêtue de cette humanité dont nous avons besoin, et que le Seigneur même a voulu pour lui-même. Nous représentons Jésus parce que Jésus est Dieu apparu dans la chair, manifesté dans la chair, c’est-à-dire dans l’histoire, dans la culture, dans la langue, mais aussi dans le visage, dans les traits, dans la parole, qui nous échappent, mais que quelqu’un a vus. Jean dit (1 Jn 1,1) : Ce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché, ce que nos oreilles ont entendu, nous vous l’annonçons. Cela continue à être un besoin.

Certes, la piété chrétienne et le chemin de foi du chrétien se nourrissent certainement de la parole vivante de l’Évangile, de la représentation du salut dans les sacrements, mais ils se nourrissent aussi de culture, ils se nourrissent aussi de ce que l’Esprit de la vie palpitante du peuple de Dieu donne à différentes figures pour enrichir – pour enrichir !… – cette réalité fondamentale de la vie chrétienne. De ce point de vue, la mystique a très souvent offert des enrichissements.

Ce sont les révélations privées, non contraignantes pour la foi[1], vous le savez, mais elles peuvent faire du bien, elles ont fait du bien : au cours de l’histoire, nous avons eu plusieurs de ces œuvres qui ont en quelque sorte représenté avec la vivacité de leur époque le visage du Seigneur Jésus, sa parole que les gens ont besoin de sentir proche d’eux. Alors, nous devons donc être reconnaissants pour cette vitalité, oui, nous devons être reconnaissants pour cette vitalité. C’est l’action de l’Esprit qui parle et agit dans le peuple de Dieu pour une compréhension toujours plus grande du mystère révélé, ainsi que pour une capacité toujours nouvelle à l’incarner dans la vie, à le vivre dans la charité comme nous l’avons entendu dans l’Évangile.

Les générations chrétiennes à chaque fois réécrivent l’Évangile. Il y a, dans le magnifique roman de Mario Pomilio [1921-1990], Le Cinquième Évangile, la recherche de ce livre fantomatique qui conduit finalement à la prise de conscience que chaque génération chrétienne réécrit l’Évangile, non pas parce qu’elle changerait les quatre Évangiles, mais parce qu’en quelque manière elle les repense, les réactualise, les ré-exprime dans sa propre culture.

Cela, ce n’est pas seulement l’action de l’homme, mais c’est l’action de l’Esprit, car c’est l’Esprit qui conduit à une compréhension toujours plus profonde et actuelle de cet Évangile dont Paul n’a pas honte et dont nous n’avons pas honte non plus.

Nous n’avons pas non plus honte de toutes les manifestations de l’Esprit qui, en quelque manière, conduisent à une compréhension toujours plus profonde et toujours plus actuelle du mystère du Christ.

Certes, chaque génération a sa propre façon d’entrer dans ce mystère. Chaque génération chrétienne, en raison de la sensibilité de l’époque dans laquelle elle vit, en raison des besoins spirituels qu’elle a, en raison des défis qu’elle doit affronter, a besoin que l’Esprit la guide pour comprendre de manière originale le Mystère du Christ, qui est le même hier, aujourd’hui et pour toujours.

Alors, chers frères et sœurs, en cette célébration eucharistique où nous nous souvenons de Maria Valtorta, exprimons notre gratitude, pour celui-ci et pour d’autres signes et manifestations que l’Esprit-Saint a donnés à certains enfants de l’Église et qui les ont amenés, comme cela s’est si souvent produit, à comprendre plus profondément et à aimer plus intensément l’unique Seigneur qui a parlé, l’unique Évangile dont aucun de nous ne doit jamais avoir honte.

 

 


[1] N. du traducteur : « non contraignantes pour la foi », formule souvent répétée, signifie que si quelqu’un refuse de croire à telle ou telle révélation privée, par exemple les apparitions de Lourdes, Fatima, Akita, il ne commet pas de faute contre la Foi. Mais il peut commettre une faute grave contre la vertu surnaturelle de Prudence, ou parfois contre l’obéissance (par ex. si on refusait de célébrer les fêtes d’apparitions prévues par le Missel : Lourdes, Fatima). Et même, il peut y avoir une vraie faute grave contre la Foi, si on rejette par principe toutes les révélations privées comme étant impossibles.