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lundi 24 janvier 2022

Saint François de Sales

La contrition parfaite de J. Von Driesch

Catéchisme

En ces temps où nous sommes, malheureusement, privés du bienfait de la confession (confinement 2020), il peut être utile de se rappeler ce qu’est la contrition parfaite.

La plaquette qui suit a reçu l’Imprimatur du Vicaire Général J. CHANSON le 15 Avril 1950
Johannes Von Den Driesch

PRÉFACE

Ce petit livre, tant par l’importance souveraine de la matière qu’il traite (matière bien peu connue, hélas ! de la plupart des chrétiens) que par l’abondance de la doctrine et l’intérêt de ses applications pratiques, vaut de longs ouvrages.

« Le grand moyen du salut », tel est le titre que saint Alphonse de Liguori donna à un opuscule, sorti avec beaucoup d’autres de sa plume, sur l’oraison. Et, si grande était sa confiance dans l’efficacité et la puissance de la prière pour assurer le salut des âmes, qu’il aurait voulu, disait-il, voir dans toutes les mains son petit livre. De l’exercice de l’amour de Dieu et de la contrition parfaite, nous pouvons dire avec tout autant de vérité, qu’ils sont « le grand moyen de salut », car entre un acte de charité ou de contrition parfaite et l’acquisition de la vie éternelle, le rapport est plus intime et plus étroit encore qu’entre la prière et le salut.

Aussi, désirerai-je voir cet opuscule, comme saint Alphonse, le sien, dans toutes les mains, persuadé que sa lecture attentive et la mise à exécution de ses enseignements ouvriraient les portes du ciel à une multitude d’âmes exposées, sans lui, à une éternelle damnation, et accroîtraient d’une façon merveilleuse, la grâce de Dieu dans celles qui sont fidèles à leur baptême.

Tout chrétien devrait être solidement instruit de l’importance capitale de l’acte de contrition parfaite et de charité à cause des services incalculables qu’une telle connaissance peut nous rendre à l’heure de notre mort et nous permettre de rendre aux mourants au chevet desquels la Providence pourrait nous amener. Personne, même en bonne santé, ne devrait oublier cette vérité ; mais il est par-dessus tout désirable que tous la possèdent profondément gravée dans leur cœur pour les heures de maladie et les périls de la mort.

Plaise donc à Dieu que cette brochure se répande le plus possible. Nul doute que sa lecture ne soit accompagnée d’abondantes bénédictions.
P. Augustin LEHMKUL. S.J.

INTRODUCTION

À la vue du petit livre, la clé d’or du paradis, vous éprouverez, je le soupçonne, cher lecteur, la curiosité de voir si le contenu répond à l’étiquette. Peut-être vous inspirera-t-il quelque méfiance et vous demanderez-vous avec inquiétude si vous n’avez pas affaire à une de ces prétendues recettes merveilleuses et infaillibles, production d’une littérature mercantile.

Eh bien ! non, cher lecteur, c’est une clé légitime et solide, et, certes, facile à manier : c’est la contrition parfaite. Elle peut vous ouvrir le ciel chaque jour, à chaque instant, si vous avez eu le malheur de vous le fermer par le péché mortel, et surtout si, à l’heure de la mort, vous n’avez pas à côté de vous le prêtre, le dispensateur de la miséricorde divine. La contrition parfaite sera la dernière clé qui, avec la grâce de Dieu, vous ouvrira le ciel. Mais il faut pour cela que vous ayez pris l’habitude de la manier pendant votre vie. Combien d’âmes, grâce à la contrition parfaite, ont le ciel assuré qui sans cela auraient été irrémédiablement perdues !
« Si je pouvais parcourir la campagne en prêchant la parole divine, disait le docte et pieux Cardinal Franzelin, le sujet favori de mes prédications serait la contrition parfaite. »

I – QU’EST-CE QUE LA CONTRITION PARFAITE ?

La contrition est une douleur de l’âme et une détestation des péchés commis. Elle doit être accompagnée du bon propos, c’est-à-dire d’une résolution ferme de s’en corriger et de ne plus pécher.
Pour que la contrition soit réelle, il faut qu’elle soit intérieure, qu’elle vienne du fond du cœur ; ce ne doit donc pas être une simple formule prononcée sans réflexion. Il n’est pas non plus nécessaire de la manifester par des soupirs, des larmes, etc. ; tout ceci peut être un signe, mais non l’essence de la contrition. Celle-ci réside dans l’âme et dans la volonté décidée de fuir le péché et de retourner à Dieu.

Outre cela, la contrition doit être universelle, c’est-à-dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés commis, à tous les péchés mortels du moins. Enfin elle doit être surnaturelle et non pas purement naturelle, car celle-ci ne sert de rien ; c’est pourquoi la contrition, comme tout autre bien, doit venir de Dieu et de sa grâce. Seule, la grâce de Dieu peut la faire naître en nous ; mais pourvu que nous la lui demandions, pourvu que nous ayons bonne volonté, un repentir sincère et surnaturel, Dieu nous accorde toujours la grâce nécessaire.

Si notre repentir est fondé sur un motif d’intérêt ou de raison purement naturel (par exemple les maux temporels, la honte, la maladie) nous n’aurons qu’une contrition naturelle et sans mérite ; mais, s’il est fondé sur quelque vérité de la foi (comme l’enfer, le purgatoire, le ciel, Dieu, etc.) alors nous avons vraiment une contrition surnaturelle.

Cette contrition surnaturelle peut être, à son tour, parfaite ou imparfaite ; et nous voici amenés à notre sujet de la « contrition parfaite ».

QUE SERA DONC LA CONTRITION PARFAITE ?

En deux mots, la contrition parfaite est la contrition fondée sur un motif d’amour, et l’imparfaite est celle qui est fondée sur un motif de crainte de Dieu.

La contrition parfaite est celle qui découle de l’amour parfait de Dieu ; or, notre amour de Dieu est parfait si nous l’aimons parce qu’il est infiniment parfait, infiniment beau, infiniment bon (amour de bienveillance) ou parce qu’il nous a témoigné son amour d’une manière si admirable (amour de reconnaissance). Notre amour de Dieu est imparfait si nous l’aimons parce que nous attendons quelque chose de Lui.

Ainsi, dans l’amour imparfait, nous pensons surtout aux bienfaits reçus et, dans l’amour parfait, nous pensons surtout à la bonté de Celui qui répand ces bienfaits. L’amour imparfait nous fait aimer de préférence le bienfait même, tandis que l’amour parfait nous fait aimer l’auteur de ces bienfaits, et cela moins pour ses dons que pour l’amour et la bonté que ces dons manifestent.

De l’amour découle la contrition. Par conséquent, notre contrition sera parfaite si nous nous repentons de nos péchés pour l’amour parfait de Dieu, soit de bienveillance, soit de reconnaissance. Elle sera imparfaite, si nous nous repentons de nos fautes par crainte de Dieu, soit parce que le péché nous a fait perdre la récompense qui nous était promise : le ciel ; soit parce que nous avons mérité le châtiment imposé aux pécheurs : l’enfer ou le purgatoire.

Dans la contrition imparfaite, nous pensons surtout à nous-mêmes et aux maux que nous vaut le péché, selon la lumière de la foi. Dans la contrition parfaite, nous pensons surtout à Dieu, à sa grandeur, à sa beauté, à son amour, à sa bonté ; nous considérons que le péché l’offense et qu’il a été cause de tant de souffrances endurées pour nous racheter. Nous ne voulons pas seulement notre bien, mais celui de Dieu.

Un exemple nous le fera mieux saisir. Lorsque Saint Pierre eut renié le Sauveur, « il sortit et pleura amèrement ». Pourquoi pleura-t-il ? Était-ce pour la honte qu’il allait éprouver devant les autres apôtres ? En ce cas, c’eût été une douleur purement naturelle et sans mérite. Est-ce parce que son divin maître va peut-être le dépouiller de sa dignité d’apôtre et de pasteur suprême ou le chasser de son royaume ? La contrition en ce cas serait bonne, mais imparfaite. Mais non, il se repent, il pleure, parce qu’il a offensé son Maître bien-aimé, si bon, si saint, si digne d’amour. Il pleure parce qu’il a répondu à cet immense amour par une noire ingratitude : et c’est là la contrition parfaite.
Or, n’avez-vous pas, vous aussi, cher lecteur, le même motif que Saint Pierre pour détester vos péchés, par amour, par amour parfait et par reconnaissance ?

Sans aucun doute. Les bienfaits de Dieu sont plus nombreux que les cheveux de votre tête et chacun d’eux devrait vous faire répéter avec Saint Jean : « Aimons Dieu puisqu’il nous a aimés le premier. » (Saint Jean, Ière ép. Ch.4, v.14.)

Et comment vous a-t-il aimés ?

« Je t’ai aimé, dit-Il lui-même, d’un amour éternel, j’ai eu pitié de toi et je t’ai attiré à moi. » (Jérém., 31, 3.)
« D’un amour éternel je t’ai aimé. »

De toute éternité, avant même qu’il n’y eût rien de vous sur la terre, il jeta sur vous ce regard d’amour qui pénètre tout, il vous prépara une âme et un corps, le ciel et la terre, avec toute la tendresse d’une mère qui se prépare à faire fête à l’enfant qui va venir au monde. C’est Dieu qui vous a donné la vie et la santé ; c’est Lui qui vous donne chaque jour les biens naturels.

Cette pensée suffirait aux païens eux-mêmes pour le porter à la connaissance et à l’amour parfait de Dieu. À plus forte raison doit-elle vous y porter, vous chrétiens, qui possédez un autre témoignage d’amour et de bonté : l’amour et la bonté surnaturelle de Dieu pour vous, « car, dit-il, j’ai eu pitié de toi ». Vous étiez condamné comme tous les hommes par suite du péché originel : Dieu a envoyé son Fils unique qui s’est fait notre Sauveur et vous a racheté de son sang en mourant sur la croix.

C’est à vous qu’Il pensait avec amour dans son agonie, au Jardin des Oliviers, lors-qu’Il répandait son sang sous les fouets et les épines, lors-qu’Il suivait en traînant sa Croix, le long et pénible chemin du calvaire ; lorsque, cloué sur la croix, Il expirait au milieu d’affreux tourments, c’est à vous qu’Il pensait avec un tendre amour, comme si vous eussiez été seul au monde. Que conclure de là ? « Aimons Dieu puis-qu’Il nous a aimés le premier ».

En outre, Dieu vous a attiré à Lui par le Baptême, qui est la première et la principale grâce de la vie, et par l’Église, au sein de laquelle vous fûtes alors incorporé. Combien d’hommes n’ont pu atteindre la vraie foi qu’à force de travail et de souffrances ! Mais vous, Dieu vous l’a donnée dès le berceau par pur amour ; Il vous a attiré à Lui, Il vous attire tous les jours par les sacrements et les grâces sans nombre, intérieurs et extérieurs dont Il vous comble ; vous êtes comme submergé dans un océan, l’océan de la bonté et de l’amour divin, et Il veut encore couronner toutes ses grâces en vous plaçant près de Lui au ciel et en vous rendant éternellement heureux. Que Lui donnerez-vous pour tant d’amour ? N’est-il pas vrai qu’il faut répondre à ses avances ? Aimons donc notre Dieu puis-qu’Il nous a aimés le premier.

Venons au fait : Comment avez-vous répondu à l’amour d’un Dieu si aimable et si bon ? Sans doute par votre ingratitude et par vos péchés. Mais vous repentez-vous de cette ingratitude ? Ah ! sans doute, et vous brûlez du désir de le réparer par un amour sans bornes. Eh bien ! s’il en est ainsi, vous avez en ce moment la contrition parfaite, celle qui est fondée sur l’amour de Dieu et que l’on appelle contrition d’amour ou de charité.

Mais dans la contrition de charité elle-même, il y a un degré, encore plus élevé, qui consiste à aimer Dieu purement, parce qu’Il est infiniment glorieux, infiniment parfait et digne d’être aimé, abstraction faite de sa miséricorde envers nous. Faisons une comparaison. Il y a au firmament nombre d’étoiles si éloignées de nous que nous ne pouvons les apercevoir, et pourtant, elles sont toutes aussi grandes et aussi brillantes que le soleil, qui nous communique si libéralement la chaleur et la vie. De même, supposé que l’homme n’ait jamais joui de cet astre éternel qui est l’amour de Dieu, supposé que Dieu n’ait créé ni le monde ni aucune créature : Il n’en serait ni moins grand ni moins beau, ni moins glorieux, ni moins digne d’être aimé ; car Il est en Lui-même et pour Lui-même le bien le plus grand, le plus parfait, et le plus aimable.

Tel est le sens de ces mots de la formule : je me repens… parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable et que le péché vous déplaît. Réfléchissez un instant et contemplez l’amour de Dieu, contemplez-le surtout dans les amères souffrances du Sauveur ; à cette lumière, vous le comprendrez aisément et il vous transpercera le cœur.

Voilà le moyen pratique d’arriver à la contrition parfaite.

II – COMMENT OBTIENT-ON LA CONTRITION PARFAITE ?

Il faut se rappeler tout d’abord que la contrition parfaite et une grâce, et une grande grâce de la miséricorde de Dieu. Il faut donc la lui demander instamment. Demander la Lui, non pas seulement au moment où vous voulez faire un acte de contrition, mais fréquemment : elle doit être l’objet de nos plus ardents désirs. Répétez donc souvent : « mon Dieu, accordez-moi la parfaite contrition de tous mes péchés. » Notre Seigneur exaucera votre prière, s’Il voit en vous un sincère désir de Lui plaire.
Cela dit, voilà comment vous pourrez facilement faire un acte de contrition parfaite. Jetez-vous au pied d’un crucifix, soit à l’église, soit dans votre chambre ; ou du moins figurez-vous que vous êtes en présence de Jésus crucifié, et, à la vue de ses plaies, méditez dévotement et pendant quelques instants et dites-vous : « Qui donc est cloué sur cette croix ? C’est Jésus, mon Dieu et mon Sauveur. Que souffre t’Il ? Son corps ensanglanté et couvert de plaies éprouve les tourments les plus terribles ; son âme est abreuvée de douleurs et d’affronts. Pourquoi souffre-t-il ? Pour les péchés des hommes et aussi pour les miens ; au milieu de ses amertumes, il se souvient de moi, il souffre pour moi, il veut expier mes péchés. » Arrêtez-vous là, tandis que le sang toujours tiède de votre doux Sauveur tombe goutte à goutte sur votre âme. Demandez-vous comment vous avez répondu aux marques de tendresse de votre aimable Sauveur. Rappelez-vous vos péchés, et, oubliant pour un instant le ciel et l’enfer, représentez-vous surtout parce que ce sont vos péchés qui ont réduit à cet état votre Sauveur. Promettez-lui de ne plus le clouer à la croix par de nouveaux péchés, et enfin, récitez, lentement et avec ferveur, l’acte de contrition.

L’acte de contrition peut s’exprimer de plusieurs manières, selon les sentiments de chacun. En voici un des plus connus.
« Mon Seigneur et mon Dieu, je me repens, du fond du cœur, de tous les péchés de ma vie, parce que par eux j’ai mérité les châtiments de votre justice, pendant cette vie et pendant l’éternité ; parce que j’ai répondu à vos bienfaits par mon ingratitude ; mais surtout parce que par eux je vous ai offensé, vous qui êtes infiniment bon et infiniment digne d’être aimé. Je fais un ferme propos de m’en corriger et de ne plus pécher. Accordez-moi la grâce d’être fidèle à mon propos.
Ainsi soit il. »
Dans cette prière, nous exprimons trois motifs de contrition ; le premier est de contrition imparfaite et les deux suivants de contrition parfaite. Rien n’empêche, en effet, de joindre ces deux contritions, d’autant plus que la première nous conduit facilement à la seconde.

1° « parce que par eux j’ai mérité, etc… », ceci appartient à la contrition imparfaite ;

2° « parce que j’ai répondu à vos bienfaits, etc… », c’est un motif qui touche de près la contrition parfaite et même se confond avec elle. Car si j’ai le regret sincère d’avoir répondu à l’amour de Dieu par mon ingratitude et mes péchés, je voudrai nécessairement réparer cette ingratitude par mon amour ; or, celui qui, par un motif d’amour, regrette d’avoir offensé son bienfaiteur, possède vraiment la contrition parfaite, ou contrition de charité ;

3° « mais surtout parce que par eux je vous ai offensé ». Relisez la page 35-36 et vous saisirez la portée de ces paroles : vous verrez, là, clairement exprimé, l’amour et la contrition parfaite. Pour l’obtenir plus facilement, ajoutez ceci de bouche ou de cœur : « Mais surtout parce que, par mes péchés, je vous ai offensé. Vous qui êtes infiniment bon et infiniment digne d’être aimé. Vous mon Sauveur qui êtes mort sur la Croix pour mes péchés. »

Puis vient la résolution : « Je fais un ferme propos. »

Mais, direz-vous, ceci est facile pour un autre, mais pour moi c’est une chose bien relevée et presque impossible. Vous le croyez ? Détrompez-vous.

III – EST-IL DIFFICILE DE FAIRE UN ACTE DE CONTRITION PARFAITE ?

Sans doute, l’acte de contrition parfaite est plus difficile que l’acte de contrition imparfaite, requis pour la confession. Mais il n’est personne qui ne puisse, avec la grâce de Dieu, obtenir la contrition parfaite, pourvu qu’on la désire sincèrement. La contrition est dans la volonté et non dans le sentiment. Il suffit de nous repentir pour un des motifs énoncés, c’est-à-dire parce que nous aimons Dieu par-dessus toutes choses ; c’est en cela et non dans l’intensité ni dans la durée, que consiste notre contrition. On confond souvent la contrition parfaite avec une autre contrition bien plus élevée. La contrition parfaite a ses degrés, elle ne laisse pas d’être contrition parfaite quoiqu’elle n’atteigne pas la sublimité et la fermeté de saint Pierre, de Madeleine, de saint Louis de Gonzague ou d’outre saints. Certes, celle-ci est bien désirable, mais elle n’est pas nécessaire : un degré inférieur suffit pour pardonner les péchés, pourvu que la contrition soit un motif d’amour de Dieu. En outre, et c’est une considération bien propre à nous encourager, avant Notre Seigneur, dans l’ancienne loi, la contrition parfaite fut, pendant 4 000 ans, le seul moyen d’obtenir le pardon des péchés. De nos jours, il n’en existe pas d’autre pour des milliers de païens et d’hérétiques. Or, il est vrai que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, Il ne peut vouloir imposer une contrition parfaite impossible à atteindre ; elle doit être au contraire à la portée de tous les hommes. Eh bien, si tant de malheureux peuvent obtenir cette contrition parfaite, qui vivent et meurent (si sans faute de leur part) loin du courant de la grâce et de l’Église catholique, est-elle si difficile pour vous, qui avez le bonheur d’être chrétien et catholique, qui êtes l’objet de grâces bien plus grandes et mieux instruits que ces pauvres infidèles ?

Je vais plus loin : souvent et sans vous en douter, vous avez la contrition parfaite ; par exemple, quand vous entendez dévotement la Sainte Messe, quand vous faites avec ferveur, le chemin de la croix, quand vous méditez, avec dévotion, devant une image de Jésus crucifié ou de son divin cœur.
Quelques paroles suffisent souvent pour exprimer l’amour le plus ardent et la contrition la plus sincère. Telles sont, par exemple, les oraisons jaculatoires : « Mon Dieu et mon tout », « Mon Jésus, miséricorde ! », « Mon Dieu, je vous aime par-dessus toutes choses ! », « Mon Dieu, ayez pitié de moi pauvre pécheur », « Mon Jésus, je vous aime ».

IV – QUELS EFFETS PRODUIT LA CONTRITION PARFAITE ?

Des effets vraiment admirables ! Pour le pécheur, grâce à elle, il reçoit immédiatement le pardon de chacune de ses fautes même avant de se confesser. Il faut cependant qu’il soit résolu à se confesser en temps opportun, mais cette résolution est comprise dans la contrition parfaite. Toutes les fois qu’il fait un acte de contrition parfaite, les peines de l’enfer lui sont aussitôt remises, il recouvre tous les mérites passés, et d’ennemi de Dieu, il devient son fils adoptif et héritier du ciel.

Pour le juste, la contrition parfaite augmente et fortifie l’état de grâce ; elle efface les péchés véniels qu’il a détestés, lui obtient la rémission des peines de ses péchés et accroît en lui le vrai et solide amour de Dieu. Voilà les merveilleux effets de la miséricorde divine dans l’âme du chrétien par la contrition parfaite. Peut-être vous paraîtront-ils incroyables : sans doute, pensez-vous, en danger de mort nous devons demander la contrition ; mais qu’en tous temps, la contrition parfaite produise de tels effets, est-ce croyable ? Cette doctrine de la contrition parfaite est-elle bien certaine ?

Je vous réponds qu’elle est aussi solide que le roc sur lequel est bâtie l’Église et aussi certaine que la parole même de Dieu.

Au Concile de Trente, l’Église, expliquant les principales vérités combattues par les hérétiques, déclare (session 14, chap. 4) que la contrition parfaite, celle qui procède de l’amour de Dieu, justifie l’homme et le réconcilie avec Dieu, même avant la réception du sacrement de pénitence. Or, le concile ne dit nulle part que ce soit seulement en danger de mort ; c’est donc en tout temps que la contrition parfaite produit ses effets. En cela, du reste, l’Église s’appuie sur les paroles même de Jésus : « Si quelqu’un m’aime (et personne ne peut vraiment l’aimer sans posséder la contrition parfaite) mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous établiront en lui notre demeure. » (Saint Jean, ch. 24, v. 26). Dieu ne peut habiter dans l’âme souillée par le péché. La contrition parfaite ou contrition de charité efface donc les péchés.

Telle a toujours été la doctrine de l’Église, des saints Père et des docteurs : Baïus pour avoir soutenu le contraire, a été condamné. En effet, si, comme nous le disions tout à l’heure, la contrition parfaite devais produire de si admirables effets dans l’ancien Testament, au temps de la loi de crainte, à plus forte raison les produira-t-elle dans le nouveau Testament, où règne la loi d’amour.

Mais alors, dira-t-on, si la contrition parfaite efface les péchés, à quoi bon les confesser ensuite ?

Il est vrai que la contrition parfaite produit les mêmes effets que la confession, mais elle ne les produit pas indépendamment du sacrement de pénitence, puisqu’elle suppose précisément le ferme propos de confesser ces mêmes péchés qu’elle vient de pardonner, car c’est une loi de Jésus-Christ que de confesser tous les péchés, les péchés mortels du moins, et une loi qui ne peut changer. Sans doute, les péchés pardonnés par la contrition parfaite sont toujours pardonnés : si, après l’acte de contrition, on ne voulait plus les confesser, les péchés ne reviendraient pas, mais on perdrait de nouveau l’état de grâce, parce que l’on manquerait à l’obligation de se confesser.

Faut-il confesser ses péchés le plus tôt possible après l’acte de contrition ?

En toute rigueur, cela n’est pas nécessaire mais je vous y engage vivement : vous serez ainsi bien plus sûrs d’être pardonné et vous obtiendrez en même temps les grâces précieuses attachées au sacrement de pénitence, et qu’on appelle sacramentelles.

Peut-être, maintenant serez-vous tenté de dire : « S’il est facile d’obtenir la rémission des péchés par la contrition parfaite, je n’ai plus à m’inquiéter de la confession : je pécherai sans scrupule et j’en serai quitte pour un acte de contrition parfaite ! » Celui qui raisonnerait de la sorte n’aurait pas même l’ombre de la contrition parfaite. Il n’aimerait pas Dieu par-dessus toutes choses, puisqu’il n’aurait pas la volonté sérieuse de rompre avec le péché et de changer de vie, condition également requise pour la confession et la contrition parfaite. Il lui manque la bonne volonté, et sans la bonne volonté, il n’aura pas la grâce de Dieu nécessaire pour tout acte de contrition. Il pourra bien se tromper lui-même, mais il ne pourra jamais tromper Dieu. Celui qui a vraiment la contrition parfaite est entièrement résolu à renoncer au péché mortel ; il se purifiera le plus tôt possible, dans le sacrement de pénitence et, par sa bonne volonté, aidé de la grâce de Dieu, il se préservera du péché et s’affermira de plus en plus dans l’état de fils de Dieu.

La contrition parfaite est d’un grand secours pour ceux qui veulent loyalement et sincèrement recouvrer et conserver l’état de grâce, et surtout pour ceux qui tombent dans le péché par l’habitude, c’est-à-dire qui malgré leur bonne volonté retombent, de temps en temps, à cause des mauvaises habitudes et de leur propre faiblesse. Mais il en est tout autrement pour ceux qui font de la contrition parfaite un moyen de pécher impunément : Ceux-là changent ce divin remède du parfait repentir en un poison infernal.

Ne soyez donc pas de ces derniers, chers lecteurs, et ne permettez pas qu’une grâce si précieuse vous serve pour le mal.

V – POURQUOI LA CONTRITION PARFAITE EST-ELLE SI IMPORTANTE ET PARFOIS MÊME NÉCESSAIRE ?

Elle est importante pendant toute notre vie et au moment de notre mort.

1° Elle est importante pendant toute notre vie. Quoi de plus précieux en effet que la grâce ? C’est elle qui embellit notre âme, la pénètre et la transforme en une créature d’un nouvel ordre en la faisant fille de Dieu et héritière du ciel ; c’est elle qui rend toutes les œuvres et les souffrances du chrétien méritoires de la vie éternelle, c’est la baguette magique qui change tout en or, en or de mérites surnaturels. Quoi de plus triste, au contraire, qu’un chrétien en état de péché ! Toutes ses souffrances, toutes ses œuvres, toutes ses prières restent stériles, sans aucun mérite pour le ciel. Il est l’ennemi de Dieu, et, s’il meurt, il tombe en enfer.

L’état de grâce est donc bien important et nécessaire au chrétien.
Si vous avez perdu la grâce, vous pouvez la recouvrer de deux manières :

1° Par la confession,

2° Par la contrition parfaite.
La confession est le moyen ordinaire, mais comme il n’est pas toujours à notre portée, Dieu nous a donné un autre moyen extraordinaire : la contrition parfaite.

Supposons que vous ayez le malheur de commettre un jour un péché mortel : après le trouble de la journée, dans le calme de la nuit, votre conscience se réveille, elle vous condamne avec force et vous êtes dans l’angoisse. Que faire ? Eh bien ! Dieu met dans vos mains la clé d’or qui vous ouvrira les portes du ciel. Repentez-vous de vos péchés, par un motif d’amour de Dieu ; faites le ferme propos de ne plus l’offenser et de vous confesser dès que vous le pourrez, et dormez tranquille : vous êtes en paix avec le Bon Dieu.

Au contraire, combien est à plaindre le chrétien qui ignore la pratique de la contrition parfaite ! Il se couche et se lève en état de péché mortel. Il vit ainsi deux, trois, quatre mois et plus, des années et des années, peut-être. La nuit profonde dans laquelle il est enseveli ne s’interrompt qu’un moment après la confession. Triste état, que de vivre presque toujours dans le péché mortel, en ennemi de Dieu, sans aucun mérite pour le ciel et en danger d’être damné !

Autre avantage : Si, avant de recevoir un sacrement, celui de la confirmation ou du mariage, par exemple, vous vous rappelez un péché non pardonné, la parfaite contrition vous permet de recevoir dignement ce sacrement. Pour la communion seulement, la confession est requise.

Même pour le chrétien en état de grâce, la pratique de la contrition parfaite est très utile. D’abord, nous ne sommes jamais sûrs d’être en état de grâce ; or, chaque acte de contrition parfaite augmente cette sécurité. Il nous arrive souvent de douter si nous avons succombé à la tentation, et ces doutes retardent et découragent l’âme dans le chemin de la vertu. Que faire alors ? Examiner si l’on a consenti ou non ? Ce serait sans résultats. Faîtes un acte de contrition parfaite et soyez tranquille.
Même en supposant que nous ayons la certitude d’être en état de grâce, la contrition parfaite nous sera encore très utile : chaque acte de contrition parfaite augmente la grâce et un seul degré de grâce vaut mieux que tous les trésors du monde. Chaque acte de contrition parfaite efface les péchés véniels qui déforment l’âme, elle s’embellit ainsi de plus en plus. Chaque acte de contrition parfaite remet les peines temporelles des péchés. Souvenons-nous des paroles du Sauveur sur Marie-Madeleine :
« Il lui a été pardonné beaucoup parce qu’elle a aimé beaucoup » (Saint Luc, ch.7, v.47)
Et si ce pardon des peines temporelles nous fait apprécier et estimer les indulgences, les bonnes œuvres, les aumônes, la charité envers Dieu, qui est la reine des vertus, vient au premier rang de ces vertus.

Enfin, à chaque acte de contrition parfaite et d’amour, notre âme se fortifie dans le bien, et ainsi elle a la ferme confiance d’obtenir la grâce suprême de la persévérance finale.

La pratique de la contrition parfaite est donc bien importante pendant notre vie, mais elle l’est tout spécialement à l’heure de notre mort et surtout en danger de mort subite.

Un grand incendie se déclara un jour dans une ville populeuse et beaucoup y trouvèrent la mort. Parmi les nombreuses personnes qui gémissaient dans la cour d’une maison, un enfant de 12 ans implorait à genoux, à haute voix, la grâce de la contrition ; puis il supplia ses compagnons de prier avec lui : bien des malheureux, peut-être, lui ont dû leur salut.

Or, de pareils dangers nous menacent à chaque instant où nous y pensons le moins. Vous pouvez être victime d’un accident quelconque, tomber d’un arbre, être écrasé par un train ou par un tramway ; surpris la nuit dans votre chambre par le feu ; vous pouvez faire un faux pas dans l’escalier ; tomber au milieu de votre travail. On vous emporte mourant, on court chercher un prêtre, mais le prêtre tarde à venir et le temps presse ! Que faire ?… Faites aussitôt un acte de contrition parfaite, repentez-vous par amour et par reconnaissance envers Dieu et envers Jésus-Christ crucifié, et vous êtes sauvé. La contrition parfaite aura été pour vous la clé du ciel.

Ce n’est pas qu’il soit loisible à chacun de tout remettre à la dernière heure en se flattant d’être libre de tout péché par un simple acte de contrition parfaite. Il est bien douteux en effet que la contrition parfaite puisse profiter à ceux qui en ont abusé pour pécher. Les avantages indiqués sont assurés surtout à ceux qui ont bonne volonté.

Mais, me direz-vous, aurai-je le temps de faire un acte de contrition parfaite ? Oui, avec la grâce de Dieu. La contrition parfaite n’exige pas beaucoup de temps, surtout si, pendant la vie, vous l’avez pratiquée souvent : un instant suffit pour la faire du fond de l’âme. En outre, la grâce de Dieu est plus efficace au moment du danger, et notre esprit bien plus actif ; à deux doigts de la mort, les instants paraissent des heures. Je parle en connaissance de cause.

Le 20 Juillet 1886, j’ai couru un danger de mort imminent ; ce fut l’affaire de huit à dix secondes à peines, le temps de réciter la moitié d’un « Notre Père ». En ce moment si court, mille pensées traversèrent mon esprit ; toute ma vie m’apparut avec une promptitude incroyable, ainsi que la pensée de ce qui m’attendait après la mort ; cela, je le répète, pendant la courte durée de la moitié d’un « Pater ». Heureusement j’eus la vie sauve ; Dieu l’a voulu pour que je puisse vous écrire la clé du ciel. Eh bien ! mon premier soin, dans un tel danger, fut de faire ce que nous dit le catéchisme : un acte de contrition, et de recourir à Dieu en implorant sa protection. Vraiment, c’est alors que j’appris à aimer et à estimer comme il convient la contrition parfaite ; je l’ai, depuis, fait connaître et estimer partout où j’en ai eu l’occasion. Quel dommage qu’on n’en comprenne pas mieux l’importance en ce moment suprême ! Tout le monde accourt, on n’entend que des pleurs et des cris, on perd la tête, on va chercher le médecin ou le prêtre, on apporte de l’eau fraîche et tous les remèdes qu’on a sous la main ; et cependant le malade est à l’agonie, personne, peut-être, n’a pitié de son âme immortelle, personne ne lui propose d’assurer son salut en faisant un acte de contrition parfaite. Si vous vous trouvez dans un cas semblable, accourez auprès du moribond, et, avec calme et tranquillité, lui présentant, si c’est possible, l’image de Jésus crucifié, d’une voix sûre et ferme, dites-lui de penser et de répéter du fond de l’âme ce que vous allez prononcer ; récitez alors lentement et clairement l’acte de contrition, quand même il semblerait que le malade n’entend et ne comprend rien. Vous aurez accompli une œuvre souverainement bonne qui vous vaudra sa reconnaissance éternelle.
Même s’il s’agit d’un hérétique, ou de quelqu’un qui n’a guère pratiqué durant sa vie, aidez-le dans ses derniers moments de la même manière ; il n’est pas nécessaire de lui parler de confession ; il suffit de l’exhorter à faire un acte d’amour de Dieu et de Jésus crucifié en lui récitant lentement l’acte de contrition.

VI – QUAND DOIT-ON FAIRE L’ACTE DE CONTRITION PARFAITE ?

Si vous m’avez bien suivi jusqu’ici, cher lecteur, permettez-moi de vous en supplier instamment : pour Dieu et pour votre âme, ne manquez pas de faire tous les soirs, dans votre prière, un acte de contrition parfaite. Sans doute, ce n’est pas un péché d’y manquer quelquefois, mais c’est un bon et utile conseil que je vous donne. Ne dites pas que l’examen de conscience et la contrition parfaite sont bons pour les prêtres et les âmes parfaites ; ne dites pas : « Je n’ai pas le temps, le soir, je suis trop fatigué ! »

Combien de temps vous faut-il ? Une demi-heure ? Un quart d’heure ? Non, quelques minutes suffisent. Ne faites-vous pas quelque prière en vous couchant ? Eh bien, après la prière, pensez quelques instants aux fautes et aux péchés de la journée et récitez lentement et avec ferveur, aux pieds du crucifix, l’acte de contrition. Alors vous pouvez dormir tranquille, vous avez pris congé du Bon Dieu et Il vous a répondu en vous pardonnant vos péchés. Commencez dès ce soir et vous ne vous en repentirez pas.

Si vous aviez jamais le malheur de commettre un péché mortel, ne restez pas dans cet état, relevez-vous par la contrition parfaite, relevez-vous sur le champ ou du moins à votre prière du soir, et confessez-vous sans retard.

Enfin, cher lecteur, tôt ou tard sonnera pour vous l’heure de la mort, et si, ce qu’à Dieu ne plaise, elle se présentait à l’improviste, vous savez le remède, vous avez où se trouve la clé du ciel. Recourez aussitôt à Dieu, et si, pendant la vie, vous vous y êtes exercé assidûment et volontiers, ni le temps, ni la grâce ne vous feront défaut pour faire l’acte de contrition parfaite qui vous sauvera.
Si vous avez le temps de vous préparer, que votre dernière action soit un acte d’amour envers Dieu, votre Créateur, votre Rédempteur, votre Sauveur, un acte de contrition sincère et parfaite de tous les péchés de votre vie ; après cela, jetez-vous avec confiance dans les bras de la miséricorde et Dieu sera pour vous un juge clément.

Et maintenant je vous quitte, cher lecteur. Relisez ce petit livre et mettez-le en pratique. Estimez la contrition parfaite, pratiquez ce moyen précieux d’obtenir la grâce que la Providence a mis entre vos mains : moyen facile dont les effets sont admirables ! Moyen suprême et unique de salut en cas de nécessité ; source de grâces pendant la vie et à l’heure de la mort ; enfin, véritable clé d’or du ciel.

ACTE DE CONTRITION

Mon Dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché vous déplaît ; je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence.

La contrition parfaite
de J. DE DRIESCH

A ceux qui pensent que « Dieu seul convertit »...

Dire que « Dieu seul convertit » est une demi-vérité.

1/ En réalité, l’auteur de la conversion est la personne elle-même que Dieu laisse libre de son choix de se convertir. Dieu donne la grâce de la Conversion mais ne décidera jamais à la place de la personne de suivre le chemin du Christ.

2/ Cette affirmation est très grave car elle anéantit la volonté d’évangélisation.

Pourquoi ?
En effet, si c’est Dieu qui convertit, pourquoi être missionnaire et pourquoi le Christ a dit à ses disciples : « Je vous envoie jusqu’au extrémités de la Terre » (St Matthieu 28,19) ? Et pourquoi tant de personnes ne le connaissent pas ?
Dire que c’est Dieu qui convertit pourrait nous conduire à ce reproche envers Dieu. D’ailleurs, ceux qui disent que Dieu seul convertit ne font jamais d’évangélisation en allant au contact avec les musulmans [ou d’autres].
Dieu fait avec nous, c’est une oeuvre « humano-divine » et Il nous envoie pour « annoncer » et provoquer la conversion des âmes.

Du rôle des diaconesses dans l'église primitive - Mr l’abbé Martigny

L’institution des diaconesses remonte au temps des apôtres (épître de saint Paul aux Romains 16, 1). Leurs principales fonctions étaient :
de diriger les vierges et les autres veuves ;
de garder la porte de l’église réservée aux femmes ;
d’instruire les catéchumènes de leur sexe ;
d’assister l’évêque pour le baptême des femmes (le baptême était réalisé par immersion et non par une simple ablution comme aujourd’hui) ;
de prendre soin des femmes pauvres et malades ;
d’être présentes aux conversations privées de l’évêque, des prêtres et des diacres avec les femmes.
Les Constitutions apostoliques (dont les plus anciens éléments remontent à la fin du Ier siècle, et le passage qui nous occupe au IIIe siècle) donnent une formule de bénédiction des diaconesses qui se distingue nettement des formules d’ordination des diacres de l’époque. Au IIe siècle, certaines d’entre elles voulurent remplir des rôles réservés au clergé. Le pape Sotère intervint en 175 pour réprimer sévèrement ces prétentions, par un décret qui est resté dans le droit. Il apparaît que dans les églises orientales, la discipline fut moins sévèrement appliquée.

Toutefois, la plupart des églises ne possédaient plus de diaconesses dès le Ve siècle, et l’on en avait partout oublié jusqu’au nom au Xe siècle. Cet argument est à lui seul suffisant, car jamais l’Eglise n’aurait aboli de son propre chef un sacrement instauré par le Christ. Ceux qui osent prétendre le contraire sont aveuglés par des préjugés féministes ou modernistes qui n’ont plus rien à voir avec la Tradition catholique et la foi divine.

Dictionnaire des antiquités chrétiennes, de l’abbé Martigny, Paris, 1877, pp. 243-244

Comment l'Église est «une, sainte, catholique et apostolique»

Le catholique professe dans le Credo que l’Eglise est « une, sainte, catholique et apostolique ». Ces quatre propriétés, ou notes, représentent des aspects importants du mystère de l’Eglise. Toutefois, leur vraie signification est souvent ignorée.

La théologie reconnaît de nombreuses « propriétés » à l’Eglise : les quatre notes citées, mais aussi la visibilité, l’indéfectibilité, l’infaillibilité, la romanité ou encore la hiérarchie. Ce sont des éléments indissociables de la véritable Eglise qui ne peut exister sans qu’ils soient présents. Ici, la sainteté qui correspond à la fin ou au but de l’Eglise, sera étudiée en premier.

Qu’est-ce que la sainteté ?

Dérivé du latin sanctus « ce qui est prescrit », le mot signifie tout à la fois un état de pureté, et d’autre part la fermeté ou la stabilité dans cet état. L’Evangile nous apprend que ces éléments résultent de l’amour de Dieu pour nous et de notre réponse à cet amour. Ainsi la sainteté de l’Eglise réside premièrement dans la charité véritable.

Cette charité est d’abord celle du Christ pour son Eglise, son Epouse bien-aimée. C’est le premier don qu’il lui fait : un amour qui la rend sainte puisqu’elle plaît à Dieu qui est la sainteté même. L’Eglise est sainte de la sainteté du Christ, le saint des saints, car elle ne fait qu’un avec lui.

La charité est ensuite le but fixé à l’Eglise qui doit conduire ses enfants à la parfaite union à Dieu. Cette union n’est autre que la sainteté elle-même, qui se réalise dans la charité. La perfection de la vie spirituelle est strictement identique à la grandeur de la charité. A notre mort, nous serons jugés sur l’amour.

La sainteté est aussi l’ensemble des moyens que le Christ a confiés à son Eglise pour réaliser cette perfection de la vie spirituelle dans les âmes. Et tout spécialement sa doctrine, révélation ultime de la vie même de Dieu, qui est charité. A laquelle il faut ajouter la hiérarchie sacerdotale, évêques et prêtres, qui confère les sacrements, producteurs de la grâce et de la vie divine dans les âmes.

Il faut également ajouter le culte divin, accompli de manière parfaite par notre grand prêtre Jésus-Christ au calvaire ; et qu’il nous a confié dans la sainte messe, renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. L’Eglise a ainsi été dotée d’un trésor inépuisable de sainteté. Trésor ordonné à la sanctification des âmes, à la production de la grâce, à l’union des âmes à Dieu.

L’Eglise est sainte

Cette sainteté est d’abord celle des âmes. Elle peut avoir divers degrés : ordinaire, qui consiste à éviter le péché grave et à demeurer dans l’état de grâce ; héroïque qui correspond au saint canonisé.

Mais c’est aussi celle des moyens qui permettent d’obtenir cette fin, autrement dit tous les moyens que nous avons énumérés précédemment. Et ces moyens sont proportionnés au résultat. C’est pourquoi l’on trouve la sainteté chez les fidèles à tous les âges de l’Eglise.

Cependant une objection se pose, qui paraît redoutable aujourd’hui : avec la multiplication des scandales en son sein, l’Eglise est-elle vraiment sainte. Et l’on peut ajouter : la doctrine elle-même, cette révélation venue du Père des lumières pour nous éclairer, qu’est-elle devenue ? Il semble qu’elle ait été la première à être frappée, surtout depuis le concile Vatican II. Peut-on prétendre, aujourd’hui, que l’Eglise soit sainte ? Et l’a-t-elle jamais été ? Car le péché est de toutes les époques.

L’Eglise est sans tache

Saint Paul l’affirme nettement : « Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l’avoir purifiée dans l’eau baptismale, avec la parole, pour la faire paraître, devant lui, cette Eglise, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-27). Ce texte concerne directement l’Eglise présente, telle qu’elle sort du baptême, dont la grâce a pour fin de l’incorporer au Christ.

Le même enseignement se trouve dans la première épître de saint Jean où il est écrit d’une part que « quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jn 3, 9) ; et d’autre part : « si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » (1 Jn 1, 8). L’apôtre bien-aimé veut nous enseigner que les membres de l’Eglise pèchent, en tant qu’ils trahissent l’Eglise ; l’Eglise n’est donc pas sans pécheurs, mais elle est sans péché.

Dire que l’Eglise est sans péché, c’est dire qu’elle ne consent jamais au péché ; mais ce n’est pas dire qu’elle ne s’inquiète pas du péché. Elle a pour mission d’aller chercher ses enfants au sein du péché, de lutter sans cesse pour faire reculer en eux et dans le monde les limites du péché. L’Eglise est toute mêlée au péché : c’est l’adversaire avec lequel elle est aux prises jusqu’à la fin des temps.

L’Eglise n’est pas sans pécheurs

Elle est le royaume du Fils de l’homme dont ne seront chassés qu’à la fin des temps ceux qui causent des scandales et commettent l’iniquité (Mt 13, 41-43) ; le filet qui contient jusqu’à la fin des temps de bons et de mauvais poissons (Mt 13, 47-50). Elle ne bannit les pécheurs que dans les cas extrêmes. Il y a toujours beaucoup de pécheurs dans l’Eglise.

Les pécheurs sont membres du Christ mais pas au même titre que les justes. Ils peuvent appartenir à l’Eglise où sont les justes, mais ils seraient incapables à eux seuls de constituer l’Eglise. La notion de membre du Christ et de l’Eglise s’applique aux justes et aux pécheurs de diverses manières.

Les pécheurs sont membres de l’Eglise en raison des valeurs spirituelles qui subsistent encore en eux : caractères sacramentels, foi et espérance théologales ; mais aussi en raison de la charité collective de l’Eglise. Ils restent associés à la destinée des justes à la manière dont un membre paralysé participe encore au déplacement et aux démarches de la personne humaine.

L’Eglise continue de vivre jusque dans ses enfants qui ne sont plus dans la grâce, avec l’espérance de les rattacher à elle de manière vitale.

L’Eglise qui ne pèche pas, se repent et se convertit

En ses enfants pécheurs qui, à son instigation, renient leur péché, c’est l’Eglise elle-même qui se repent et fait pénitence. Comment l’Eglise peut-elle faire pénitence puisqu’elle ne pèche pas ?

Ce sont les mêmes êtres qui pèchent et qui font pénitence. C’est en trahissant le Christ et l’Eglise qu’ils pèchent ; et c’est au nom du Christ et de l’Eglise qu’ils font pénitence. C’est pourquoi il faut dire que l’Eglise, qui ne pèche pas, fait pénitence. L’Eglise, comme personne, prend donc la responsabilité de la pénitence, mais elle ne prend pas la responsabilité du péché.

Quand l’Eglise met sur nos lèvres le Pater, quand elle nous fait dire au Père : « Remettez-nous nos dettes » (Mt 6, 12), c’est bien en son nom que chaque jour nous prions et demandons pardon ; mais pour les fautes commises par nous, et non par elle.

L’Eglise est immaculée

Si l’on définit l’Eglise à la manière des journalistes, de façon extérieure, sans prendre en compte son mystère profond, on ne peut comprendre la vraie sainteté de l’Eglise.

Mais si l’on définit l’Eglise par ce qui la fait Eglise, on verra alors que, bien qu’elle comprenne de nombreux pécheurs, elle est toute pure et sainte ; qu’elle s’incarne et devient visible dans ce qui est pur, tant dans ses enfants justes que dans ses enfants pécheurs ; que ses frontières propres ne circonscrivent que ce qui est pur et bon dans ses membres, justes et pécheurs, laissant en dehors d’elle tout ce qui est impur, même dans les justes ; que le Christ total, Tête et Corps, est saint dans tous ses membres, pécheurs et justes. L’Eglise est immaculée.

Certes, des hommes apostoliques ont pu dire que les mauvais chrétiens souillaient l’Eglise, mais cela signifie que ces membres appartiennent de droit tout entiers à l’Eglise, et que le monde la tiendra pour responsable de leurs fautes ; ce qui est une injustice – hélas ! – bien compréhensible.

En réalité, les justes et les pécheurs sont dans l’Eglise uniquement par ce qui en eux, est saint ; à l’exclusion de ce qui est péché. « Le Christ, du haut du ciel, regarde toujours avec un amour spécial son épouse immaculée, qui peine dans l’exil sur cette terre », Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943.

Les pécheurs qui sont en son sein apportent la preuve de la sainteté de l’Eglise

Il faut faire un pas de plus et affirmer que non seulement les péchés des hommes ne portent pas ombrage à la sainteté de l’Eglise, mais au contraire qu’ils contribuent à la mettre davantage en relief ; en effet, si l’on voit que l’institution persévère en dépit des défaillances humaines, c’est un argument qui doit être invoqué en faveur de la divinité de cette institution. L’Eglise constitue alors un véritable miracle moral.

C’est ce que souligne Léon XIII : « L’historien de l’Eglise sera d’autant plus fort pour faire ressortir son origine divine qu’il aura été plus loyal à ne rien dissimuler des épreuves que les fautes de ses enfants, et parfois même de ses ministres, ont fait subir à cette épouse du Christ », Lettre aux évêques et au clergé de France, 8 septembre 1899.

Saint Pie X est plus explicite encore : « Quand la licence des mœurs est plus déchaînée, plus féroce l’élan de la persécution, plus perfides les embûches de l’erreur, quand ces maux semblent la menacer de la dernière ruine, lui arracher même nombre de ses fils pour les jeter au tourbillon de l’impiété et des vices c’est alors que l’Eglise éprouve le plus efficacement la protection divine. (…) Seul un miracle de la puissance divine peut faire que malgré l’invasion de la corruption et les fréquentes défections de ses membres l’Eglise, corps mystique du Christ, puisse se maintenir indéfectible dans la sainteté de sa doctrine, de ses lois et de sa fin, tirer des mêmes causes des effets également fructueux, recueillir de la foi et de la justice d’un grand nombre de ses fils des fruits très abondants de salut », Encyclique Editæ sæpe, 26 mai 1910.

L’Eglise n’est donc pas pécheresse ; parce que le péché n’est pas dans l’Eglise. L’Eglise pleure les péchés de ses fils, mais les larmes qu’elle peut verser ne défigurent pas son visage.

Imputations récentes contre la sainteté de l’Eglise

Malheureusement, les enseignements du concile Vatican II, sans nier explicitement la sainteté essentielle de l’Eglise, ne font pas suffisamment la distinction entre les deux saintetés, la sainteté des membres et la sainteté des principes : doctrine révélée, sacrements, culte divin, sacrifice, lois.

Le Concile dit expressément que l’Eglise est « toujours à purifier » ; elle ne cesse « de s’appliquer à la pénitence et à la rénovation » ; « elle ne cesse de se renouveler ». Cela implique donc au moins une rénovation morale ; et l’Eglise ne peut être le sujet de cette rénovation purificatrice d’elle-même, sans être ou avoir été d’abord celui du péché et de la culpabilité. C’est l’interprétation d’un commentateur « officiel » tel que Karl Rahner.

C’est aussi ce que dit Paul VI : « L’Eglise devrait être sainte et bonne, devrait être telle que l’a pensée et conçue le Christ et parfois nous voyons qu’elle n’est pas digne de ce titre », L’Osservatore Romano, 28 février 1972 ; ainsi que Jean-Paul II dans sa lettre apostolique Tertio millenio (10 novembre 1994), au § 33 : « Bien qu’elle soit sainte par son incorporation au Christ l’Eglise ne se lasse pas de faire pénitence. La constitution Lumen gentium de Vatican II dit à ce sujet : “L’Eglise qui comprend des pécheurs en son sein est à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement” » ; et au § 35 : « C’est pourquoi l’Eglise, la sainte Eglise, éprouve le besoin de se repentir profondément des faiblesses de tant de ses fils qui ont défiguré son visage et l’ont empêchée de refléter pleinement l’image de son Seigneur crucifié ».

C’est encore ce que l’on découvre dans le texte suivant : « Le Seigneur purifie son épouse et nous convertit tous à lui. Il nous fait faire l’expérience de l’épreuve pour que nous comprenions que sans lui nous sommes poussière. Cela nous sauve de l’hypocrisie, de la spiritualité des apparences. Il souffle son esprit pour redonner la beauté à son épouse, surprise dans un flagrant adultère », prononcé par le pape François devant le clergé de Rome, le 7 mars 2019. Certes, nous l’avons vu, l’Eglise fait pénitence et en ce sens se purifie dans ses enfants. Mais elle ne peut nullement être appelée adultère, car ce serait lui imputer nos péchés, ce serait nier sa véritable sainteté.

Conclusion

Devant les péchés des membres de l’Eglise, de ceux en particulier qui devraient être irrépréhensibles afin d’être les modèles du troupeau, il ne faut pas nous scandaliser, nous souvenant de notre propre faiblesse, et de l’enseignement du concile du Vatican I qui nous rappelle que nous devons croire à « l’éminente sainteté de l’Eglise ». Aussi ne nous associons pas à l’autoflagellation qui est un manque de foi en cet article du Credo.

« On tombe dans une grande illusion quand on invite l’Eglise, en tant que personne, à reconnaître et à proclamer ses péchés. On oublie que l’Eglise comme personne est l’Épouse du Christ, qu’il “se l’est acquise par son propre sang” (Ac 20, 28), qu’il l’a purifiée pour qu’elle fût devant lui “toute resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée” (Ep 5, 27), qu’elle est la “maison de Dieu, colonne et support de la vérité” (1 Tm 3, 15). Quand l’humilité met en péril la magnanimité, c’est qu’elle a cessé d’être une vertu », Charles Journet, Théologie de l’Eglise, DDB, 1958, p. 241.

A propos de la crémation des corps des défunts...

En interdisant la crémation sous peine de faute grave, l’Église a voulu atteindre une pratique propagée par la franc-maçonnerie et la libre-pensée, en vue de la diffusion du matérialisme et de l’irréligion.

« Nous étions ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes » !
Préparé à l’initiative et sous le règne du pape saint Pie X, et promulgué par le pape Benoît XV (1), le Code de droit canon de 1917 déclare très clairement (au canon 1203) :

1 – Les corps des fidèles défunts doivent être ensevelis, leur crémation étant réprouvée.

2 – Si quelqu’un a ordonné de quelque manière que ce soit de livrer son corps à la crémation, il est illicite d’exécuter cette volonté ; et si elle est insérée dans un contrat, un testament ou un acte quelconque, elle doit être tenue pour non écrite.

Et le canon 1240, § 1°, précise encore :
« Sont privés de sépulture ecclésiastique, à moins qu’avant leur mort ils n’aient donné des signes de pénitence : […] ceux qui ont ordonné que leur corps soit livré à la crémation ».
Le nouveau Code de droit canon de 1983 (2)
« recommande vivement que soit conservée la pieuse coutume d’ensevelir les corps des défunts ; cependant elle n’interdit pas l’incinération, à moins que celle-ci n’ait été choisie pour des raisons contraires à la doctrine chrétienne. » (canon 1176 § 3)

L’Église était consciente du danger pour les âmes

Neuf ans après la promulgation du Code de droit canon de 1917, l’instruction du Saint-Office Cadaverum cremationis (19 juin 1926), adressée aux Ordinaires des lieux du monde entier, rappelait que ce sont les ennemis du nom chrétien qui vantent et propagent la crémation des cadavres :
« […] Dans cette coutume barbare, qui répugne non seulement à la piété chrétienne, mais encore à la piété naturelle envers les corps des défunts et que l’Église, dès ses origines, a constamment proscrite, il en est beaucoup, même parmi les catholiques, qui n’hésitent pas à voir les plus louables avantages qu’on doive aux soi-disant progrès modernes et à l’hygiène publique. Aussi, la Sacrée Congrégation du Saint-Office exhorte-t-elle de la façon la plus vive les pasteurs du bercail chrétien à montrer aux fidèles, dont ils ont la charge, qu’au fond les ennemis du nom chrétien ne vantent et ne propagent la crémation des cadavres, que dans le but de détourner peu à peu les esprits de la méditation de la mort, de leur enlever l’espoir de la résurrection des morts et de préparer ainsi les voies au matérialisme.
« Par conséquent, bien que la crémation des corps ne soit pas absolument mauvaise en soi et qu’en certaines conjonctures extraordinaires, pour des raisons graves et bien avérées d’intérêt public, elle puisse être autorisée, et qu’en fait elle le soit, il n’en est pas moins évident que sa pratique usuelle et en quelque sorte systématique, de même que la propagande en sa faveur, constituent des actes impies, scandaleux et de ce chef gravement illicites ; c’est donc à bon droit que les Souverains Pontifes, à plusieurs reprises, et dernièrement encore dans le Code de Droit canonique récemment édité, l’avaient reprouvée et continuent à la réprouver ».
Et cette instruction concluait en demandant que « les prêtres ne cessent point d’exalter l’éminence, l’utilité et la sublime signification de la sépulture ecclésiastique, en particulier comme en public, afin que les fidèles, parfaitement instruits des intentions de l’Église, se détournent avec horreur de la pratique impie de la crémation ».

La crémation n’est contraire à aucun dogme catholique
L’Église peut être amenée à tolérer la crémation des corps dans certaines circonstances exceptionnelles, dans des cas d’extrême nécessité et en vue d’un bien supérieur : lors de grandes épidémies contagieuses ou en cas de guerre très meurtrière notamment.
La crémation, considérée en elle-même, n’est donc directement contraire à aucun dogme catholique, pas même à celui de la résurrection des corps, tant il est vrai que la toute-puissance de Dieu est absolue, sans limite. Ainsi le cardinal Billot écrit-il que « Dieu pourrait faire qu’un mort ressuscite, ne possédant pas un seul atome de la matière dont son corps terrestre était constitué ».

Cependant, l’usage répandu et courant de la crémation parmi les fidèles n’irait pas, à la longue, sans ébranler profondément en beaucoup d’âmes certains dogmes de foi, en particulier les dogmes de la résurrection des corps et du jugement général à la fin du monde, et celui de la vie éternelle, tous énoncés dans la dernière partie du Credo.

La crémation porte atteinte à l’intégrité de la foi

La franc-maçonnerie ne s’y est d’ailleurs pas trompée : elle avait parfaitement saisi que la crémation était un moyen de porter atteinte à l’intégrité́ de la foi « dans le vulgaire », comme elle l’avouait par exemple, dans une circulaire adressée à ses adhérents, à la fin du XIXe siècle :
« L’Église romaine nous a porté un défi en condamnant la crémation des corps que notre société avait jusqu’ici propagée avec les plus beaux résultats. Les Frères devraient employer tous les moyens pour répandre l’usage de la crémation. L’Église, en défendant de brûler les corps, affirme ses droits sur les vivants et sur les morts, sur les consciences et sur les corps, et cherche à conserver dans le vulgaire les croyances, aujourd’hui dissipées à la lumière de la science, touchant l’âme spirituelle et la vie future ».

Brûler les corps défunts n’est donc pas sans conséquences pour la foi :

en poussant à son maximum l’anéantissement visible de l’individu, la crémation conduit nombre d’âmes à nier plus facilement toute vie future après la mort physique ;
cet acte de destruction violente prive, autant qu’il se peut, l’imagination humaine de la possibilité́ de se représenter la résurrection future des corps, que la crémation semble rendre irréalisable et absurde, pour l’esprit humain trop superficiel.

Ce danger que court l’intégrité de la foi se vérifie d’ailleurs dans l’histoire des peuples : historiquement, la crémation a toujours été́ liée à un symbolisme matérialiste et païen existant chez des peuples vivant en opposition absolue au symbolisme spiritualiste et chrétien de l’inhumation.

_________________
1. Promulgué le 27 mai 1917, il devint officiel le 19 mai 1918, il y a 100 ans.
2. Le nouveau Code de 1983 est le fruit de deux sources : une évolution légitime de la discipline et le but de faire passer dans un langage canonique l’ecclésiologie conciliaire du concile Vatican II.

La Raison de piété naturelle

Brûler le corps d’un défunt équivaut à lui faire subir une violence inouïe, à le détruire selon un mode qui est contraire à l’ordre de la nature tel qu’il a été́ énoncé par le Créateur à Adam après la chute du péché originel : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre parce que c’est d’elle que tu as été́ tiré ; car tu es poussière et tu retourneras en poussière ».

Selon l’expression de Mgr Charles-Emile Freppel (1827-1891), violenter le corps d’un défunt en le brûlant, « c’est un acte de sauvagerie qui a pour but de faire disparaître le plus vite et le plus complètement possible la dépouille mortelle de ceux qui nous sont le plus chers, et cela le jour même des obsèques, au milieu des larmes de toute la famille ».

Cette vérité́ est pleinement confirmée par le témoignage de l’académicien Henri Lavedan (1859-1940) qui assista, au crematorium de Milan, à la crémation d’un cadavre humain : « Certainement, c’est la plus poignante impression d’horreur que j’aie jamais éprouvée, telle que je ne tenterai même pas de vouloir la rendre. Au seul souvenir de ce corps se tordant, de ce bras battant l’air, demandant grâce, de ces doigts crispés et s’enroulant comme des copeaux, de ces jambes noires qui donnaient de grands coups de pieds, ayant pris feu ainsi que des torches (un instant je crus l’entendre hurler), il me court des frissons, j’ai la sueur froide au front et rétrospectivement je compatis au supplice de ce mort inconnu dont j’ai entendu la chair crier et protester ».

En définitive, l’amour conjugal, la piété́ filiale, l’amitié́ ne peuvent s’accommoder de livrer à une œuvre de destruction aussi violente et aussi contraire à la nature le corps d’une épouse, d’un père, d’un fils, d’un ami qui, de leur vivant, par des gestes d’affection, ont manifesté leur amour pour leurs proches. A cette raison s’ajoute une autre.

La Raison de piété chrétienne

La réalité des sacrements exprime la large participation du corps physique à l’œuvre de sanctification de la personne tout entière. Les sacrements sont en effet des « signes sensibles et efficaces de la grâce », ce qui signifie que la matière de chaque sacrement (eau pour le baptême, saint chrême pour la confirmation, etc.) doit être appliquée sur une partie du corps de celui qui reçoit le sacrement par le célébrant (ordinairement un prêtre ou un évêque).

Il est donc normal que la Sainte Église traite avec le plus grand respect les corps des fidèles défunts qui ont été́ les temples du Saint-Esprit, sanctifiés durant leur vie par les différents sacrements : d’où l’aspersion d’eau bénite et l’encensement du corps défunt par le ministre de l’Église, au moment de l’absoute, après la messe des funérailles. Cet honneur rendu au corps défunt doit donc naturellement se prolonger par sa « déposition » en terre, dans un cimetière, qui signifie « dortoir » d’après son origine étymologique, où il dormira de son dernier sommeil en attendant la résurrection de tous les corps à la fin du monde.

Les cimetières sont des lieux qui conduisent très souvent les personnes qui les visitent à se souvenir de leurs devoirs de prière envers les défunts, et à méditer sur les fins dernières : la mort, le jugement particulier, le Ciel et l’Enfer, la résurrection de la chair et le jugement général à la fin du monde.

C’est une réalité si vraie que la Sainte Église, notre Mère, dans sa grande sagesse, a attaché à la visite d’un cimetière une indulgence plénière, applicable aux âmes du purgatoire, indulgence que l’on peut gagner chaque jour entre le 1er et le 8 novembre, à la condition de prier pour les défunts au cours de cette visite.

A la porte de certains cimetières, nous lisons parfois cette inscription : Fuimus quod estis. Eritis quod sumus (« Nous étions ce que vous êtes. Vous serez ce que nous sommes ») qui nous invite à méditer sur la mort. D’autres portes de cimetières affichent cette invitation : « Vous qui passez, priez pour nous », pour nous rappeler notre devoir envers ceux qui nous ont précédés dans l’éternité.

Abbé Claude Pellouchoud

La crémation des corps : un abus détestable

Certains adeptes de l’incinération prétendent que l’Eglise est l’ennemie du four crématoire, parce que l’incinération contredit le dogme. Mais non ! Il n’y a aucune opposition essentielle entre le dogme et l’usage de la crémation.

Notre croyance à la résurrection ne soulève aucune difficulté contre ce système de sépulture. La Puissance souveraine de Dieu rassemblera un jour les cendres obtenues par la combustion, aussi facilement que celles produites par la décomposition.

Est-ce que la crémation est contraire à la loi naturelle et, par conséquent, intrinsèquement mauvaise ? Encore non ! En temps de guerre ou d’épidémie, l’Eglise autorise l’incinération des cadavres. Cette autorisation exceptionnelle ne serait jamais accordée, si vraiment la crémation était réprouvée par la loi naturelle.

Pourquoi donc ne sommes-nous pas crémationistes ?

Parce que la crémation est contraire à la tradition chrétienne. L’Eglise a toujours inhumé ses morts. Les premiers chrétiens ensevelissaient leurs défunts dans les catacombes. Ils avaient en horreur l’usage païen de brûler les cadavres.

En second lieu, la crémation est contraire à la liturgie funéraire. Le rite de l’inhumation, les prières admirables des funérailles sont merveilleusement propres à inculquer dans l’âme des fidèles les grandes vérités religieuses. L’immortalité de l’âme, la résurrection future, la dignité du corps humain, autant de vérités que rappellent aux catholiques ces prières liturgiques. Sans doute, la crémation ne supprime pas ces vérités. Mais est-elle apte à les symboliser ? Aucunement. Elle est, au contraire, l’emblème de la destruction définitive. Elle suggère l’idée d’un anéantissement total. Elle semble dire à ses adeptes : Ne croyez pas à la survivance de l’homme. Abandonnez toute espérance de résurrection et de vie.

D’ailleurs, quels sont les partisans les plus chauds de la crémation ? Des ennemis de notre religion, des libres penseurs, des francs-maçons. Ces adversaires n’ont-ils pas hautement déclaré que le grand avantage de l’incinération était d’éloigner les prêtres des funérailles et de remplacer la sépulture chrétienne par les obsèques civiles ?

Enfin nous sommes ennemis de la crémation, parce que cette pratique sent la sauvagerie. Elle révolte le sens moral. Jamais le cœur humain, du moins celui qui n’a pas été déformé par la passion ou par le préjugé, n’acceptera cette disparition brutale, violente d’un mort chéri, d’un père, d’une mère, d’une épouse, d’un enfant. Jeter le corps d’un père, d’une mère, dans un four chauffé à blanc, le réduire en cendres, s’en débarrasser le plus tôt possible, comme on se débarrasserait d’un animal contaminé ! N’est-ce pas une pratique révoltante, écœurante ?

Une pratique détestable

Je voudrais reproduire ici le récit d’un académicien qui a assisté à une séance de crémation. En voici un extrait :
« C’est la plus poignante impression d’horreur que j’aie jamais éprouvée. Au seul souvenir de ce corps se tordant, de ces bras battant l’air, demandant grâce, de ces doigts crispés et s’enroulant comme des copeaux, de ces jambes noires qui donnaient de grands coups de pied, ayant pris feu ainsi que des torches, il me court les frissons, j’ai la sueur froide au front et, rétrospectivement, je compatis au supplice de ce mort inconnu dont j’ai entendu la chair crier et protester. »
Vraiment, la crémation est répugnante. Nous comprenons qu’elle soit antipathique dans nos milieux qui conservent, malgré tout, le respect des morts.

Léon XIII a qualifié cette pratique d’abus détestable. Cette qualification sera ratifiée par tous les peuples civilisés.

Il n’est pas inutile de rappeler sommairement à nos paroissiens la législation ecclésiastique sur le sujet qui nous occupe :

Il est interdit de demander la crémation pour soi ou pour les autres.
Il n’est pas permis aux catholiques de donner leurs noms aux sociétés de crémation.
Un prêtre ne doit pas administrer les derniers sacrements à un catholique qui a laissé mandat de brûler son corps.
On ne peut pas offrir publiquement le saint sacrifice de la messe pour des défunts dont les corps ont été incinérés par leur faute.

En interdisant la crémation sous peine de faute grave, l’Eglise a voulu atteindre une pratique propagée par la franc-maçonnerie et la libre-pensée, en vue de la diffusion du matérialisme et de l’irréligion.

Les indulgences - Cardinal Pie

Explication de la doctrine des indulgences par le cardinal Pie.

Le péché entraîne avec lui deux conséquences : la souillure de l’âme, devenue indigne de l’héritage céleste, et la dette contractée par cette âme envers la souveraine justice de Dieu ; ou, pour nous servir des termes consacrés par l’école, on distingue dans le péché la coulpe et la peine.

En quelque temps que le pécheur se repente de son iniquité, s’il confesse sa faute avec componction, à l’instant l’absolution du prêtre, mêlant en quelque sorte aux larmes de cette âme pénitente une goutte du sang de Jésus-Christ, efface, détruit, anéantit la souillure dont elle était coupable, lui rend la vie et sa beauté première, le trésor de ses anciens mérites et la faculté d’en acquérir de nouveaux, ses titres enfin et ses droits à l’héritage éternel.

La vertu du sacrement produit en un moment toutes ces merveilles. Mais si cette âme, par la sentence du prêtre, est remise en possession du fonds et des fruits de son premier héritage, elle n’est pas pour cela déchargée de toutes ses dettes et de toutes ses obligations. C’est, si vous voulez, un roi rentré dans ses Etats, remonté sur son trône, mais sur qui les malheurs du passé ont fait peser de lourdes charges à acquitter. Et si le pécheur réconcilié, par le seul fait de sa réconciliation, n’a plus à redouter la peine éternelle, la justice de Dieu attend de lui d’amples satisfactions, et elle les exigera dans ce monde ou dans l’autre. De là, pour le pécheur repentant, la nécessité des œuvres expiatoires en cette vie, ou la perspective d’inévitables expiations après la mort.

Le moyen de satisfaire

Il existe dans l’Eglise un riche trésor de satisfactions surabondantes. Toutes les actions, toutes les vertus, toutes les souffrances des hommes constitués dans la grâce, ont deux propriétés et renferment deux valeurs distinctes, celle du mérite et celle de la satisfaction.

Le mérite obtient toujours sa récompense personnelle par une augmentation de gloire dans les cieux : ce que chacun aura semé, il le moissonnera jusqu’au dernier épi. La satisfaction, au contraire, ne profite à celui dont elle provient que jusqu’à la solution de sa dette ; et, sa dette personnelle une fois acquittée, toute la valeur satisfactoire de ses œuvres ne saurait plus lui être utile. Sera-t-elle perdue pour cela ? Non, elle entrera dans le trésor commun de l’Eglise, trésor immense, infini : la sainte théologie va nous révéler de quelles valeurs il se compose.

Ce sont, avant tout, les satisfactions surabondantes du Fils de Dieu,
« lequel étant innocent, et ayant répandu sur la croix, non point cette goutte unique de sang qui eût suffi pour la rédemption de tout le genre humain, mais des flots entiers, dont l’effusion miséricordieuse ne saurait être inutile et superflue, a ainsi acquis à l’Eglise militante un trésor inconsumptible, auquel pourront puiser tous ceux qui seront entrés dans l’amitié de Dieu… A ce fonds déjà intarissable, viennent se joindre toutes les satisfactions de la bienheureuse Mère de Dieu, qui, n’ayant jamais péché, n’avait point à satisfaire pour elle-même ; et enfin toutes les satisfactions surabondantes d’un grand nombre d’élus qui ont souffert et expié sur la terre bien au-delà de la mesure de leurs propres besoins » (Clément VI, Bulle Unigenitus Dei Filius, 27 janvier 1343).
Toutes ces valeurs réunies forment ce fonds commun qu’on appelle le trésor de l’Eglise. Or, les biens de la communauté doivent être distribués aux particuliers par l’autorité de celui qui préside à la communauté. Le chef de la communauté chrétienne, c’est le souverain pontife. A lui donc il appartient d’appliquer les valeurs satisfactoires dont il a la dispensation, et de les faire profiter à ceux qui en ont besoin, pour les sages raisons, selon la mesure plus ou moins étendue, enfin moyennant les conditions dont il est le juge ; à lui, en qualité d’économe de l’Eglise, de couvrir les dettes de ses enfants nécessiteux, mais repentants, avec les richesses surabondantes des autres membres de la communion sainte ; à lui enfin d’accepter et de ratifier, au nom de Dieu, et en qualité de vicaire de Jésus-Christ, cet acquittement par voie d’échange et de substitution.

Tels sont les principes catholiques sur cette matière. Et qu’on ne craigne pas qu’il en résulte jamais un affaiblissement dangereux de la discipline chrétienne, puisque toute participation à ces bienfaits de l’Eglise n’existe qu’à la condition de la grâce recouvrée d’abord par une sincère confession.

Enfin, que l’on ne redoute pas l’épuisement du trésor des indulgences ; car, outre que ce trésor est infini en tant qu’il consiste dans le prix du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est inépuisable même en tant qu’il se compose des satisfactions surabondantes des Saints, attendu que toutes les âmes justes qui profitent des fruits de l’indulgence, acquièrent elles-mêmes ce degré de perfection qui ne tarde pas à fructifier pour le trésor de l’Eglise, lequel s’entretient ainsi, se renouvelle et s’augmente par l’usage même qu’on en fait, loin de décroître et de s’appauvrir.

Source : Article « Indulgences » in Jacques Jammet, Le Cardinal Pie de A à Z, éd. de Paris, 2005, pp. 464-466

L'humilité - Vidéo de Jean-Marie Chevrier

Les fruits du Saint-Esprit

Les fruits du Saint-Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit comme des prémices de la gloire éternelle.

Ils s’obtiennent en cultivant les vertus et les dons.

En principe, en effet, les actes de vertu exigent souvent beaucoup d’efforts, et parfois ils ont une certaine âpreté comme un fruit qui n’est pas encore mûr. Mais quand on s’est longuement exercé dans la pratique des vertus, on acquiert une telle facilité à accomplir de tels actes et à les répéter avec beaucoup d’amour, alors ces actes exécutés avec plaisir prennent le nom de fruits.

Notre Seigneur Jésus est le « Christ », ce qui signifie qu’il est « oint » du Saint-Esprit et toute la vie de Notre Seigneur transmet une vie nouvelle aux hommes. Le sommet de ce don est le mystère pascal, quand Notre Seigneur pardonne même notre aveuglement, même nos refus, Dieu ne reprend pas les dons qu’il a faits.

C’est pourquoi les fruits du Saint-Esprit sont décrits dans le Nouveau Testament (Ga 5, 22-23), après la Passion et la Résurrection du Seigneur : la vie nouvelle est le fruit de l’amour qui anime Notre Seigneur Jésus, la vie nouvelle est le fruit du Saint-Esprit.
Les fruits de l’Esprit sont des perfections que forme en nous le Saint-Esprit comme des prémices de la gloire éternelle.(Catéchisme de l’Église catholique § 1832)
La Très Sainte Vierge Marie a conçu Notre Seigneur Jésus par le Saint-Esprit, elle a ensuite été présente au calvaire, puis au cénacle de la Pentecôte : ainsi, nous pouvons affirmer que la Très Sainte Mère de Dieu a vécu tous les dons du Saint-Esprit en abondance.

Ce don de Dieu, saint Paul le décrit « en douze dimensions » :
Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi. (Galates 5, 22-23)
Nous pouvons classer les douze fruits de l’Esprit en trois groupes :

Les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec Dieu :
la charité,
la joie,
la paix,
la patience,
Les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec le prochain :
la bénignité,
la bonté,
la longanimité,
la mansuétude,
la foi,
Les fruits qui concernent l’âme dans ses relations avec son propre corps
la modestie,
la continence,
la chasteté.
Les douze fruits du Saint-Esprit sont inséparables : il s’agit d’être mû par le Saint-Esprit, et le Saint-Esprit est une personne vivante !

L’examen de conscience

Avant de s’approcher du tribunal de la pénitence, le pénitent doit faire un examen de conscience, en recherchant attentivement les péchés commis depuis la dernière confession. Il est en particulier nécessaire de confesser les péchés mortels qui, après le baptême, n’ont jamais été remis directement en vertu du pouvoir des clés.

Pour faire un bon examen de conscience, le pénitent invoquera le secours de Dieu :
« Ô source éternelle de lumière, Esprit-Saint, dissipez les ténèbres qui me cachent la laideur et la malice du péché. Faites m’en concevoir une si grande horreur, ô mon Dieu, que je le haïsse, s’il se peut, autant que vous le haïssez vous-même, et que je ne craigne rien tant que de le commettre à l’avenir ».
Il se rappellera soigneusement les péchés qu’il a commis par parole, pensée, action ou omission contre les commandements de Dieu et de l’Eglise, et contre les devoirs de son état. Il relèvera les circonstances susceptibles de rendre mortel un péché véniel, le nombre, le dommage commis, etc.

S’il éprouve quelque difficulté à rentrer en lui-même, le pénitent n’hésitera pas à se faire aider, soit en s’examinant à l’aide d’un missel ou d’un livre de prières, soit en demandant au prêtre de l’aider, et toujours en priant Dieu et spécialement l’Esprit-Saint de mieux lui faire connaître ses fautes et ses négligences.

Les Sept dons du Saint-Esprit

La Bible utilise plusieurs images pour parler du Saint-Esprit : le souffle qui fait respirer ; le vent qui pousse au large ; l’huile qui donne force aux athlètes ; le feu qui réchauffe et purifie ; la colombe qui descend du ciel…

Le Saint Esprit est, rappelons-le, une personne de la Sainte Trinité à part entière, au même titre que le Père et le Fils.

Lorsqu’il souffle, il donne à profusion :
– Les vertus théologales – Foi, Espérance et Charité – qui nous disposent à agir.
– Les charismes, propres à chacun (de la capacité à discerner, discrète, à la capacité de guérir, plus spectaculaire) qui nous permettent de nous mettre au service de l’Église.

– Les dons qui nous sont donnés pour notre propre croissance spirituelle

Voici les Sept dons du Saint Esprit :

1 Le don de crainte
Pour nous aujourd’hui ce mot est synonyme de peur, trouille, effroi … Dans la Bible, il désigne le respect, l’adoration du croyant devant l’infinie grandeur de Dieu.

Le Saint-Esprit, par le don de crainte, nous délivre de toute angoisse et nous apporte la paix, en même temps qu’il nous inspire une profonde aversion du péché.
Il nous enracine dans l’humilité : nous sommes tout petits devant Dieu mais infiniment précieux à ses yeux, ce qui évite l’orgueil mais aussi le désespoir.

2 Le don de piété filiale
« Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son fils qui crie : Abba, Père !» (Épître de Saint Paul aux Galates 4, 6).
Le Saint-Esprit met dans nos cœurs la tendresse du Seigneur Jésus pour son Père ce qui nous permet d’avoir une authentique relation filiale avec lui, quel que soit notre vécu familial et l’image que nous avons du père.

Ce devoir de piété filiale s’étend d’une manière toute particulière à la Très Sainte Vierge Marie, à l’Église et aux prêtres. Il nous rend plein de respect pour le Seigneur et ceux qui croient en lui et nous pousse à les faire respecter (avec douceur mais fermeté !).

3 Le don de force
Il n’est pas réservé aux martyrs !
C’est lui qui nous permet de persévérer dans les petites choses du quotidien, de sourire même quand tout va mal, de garder le silence lorsque nous avons envie de critiquer ou d’exploser de colère.
Le don de force soutient notre marche par tous les temps.

4 Le don de conseil
Par ce don, le Saint-Esprit nous enseigne ce que nous devons faire pour accomplir la volonté de Dieu (et nous apprend l’obéissance !).
Il nous rend apte à prendre des décisions et à discerner quels moyens concrets seront les meilleurs pour remplir notre mission.

5 Le don d’intelligence
Il n’a rien à voir avec le quotient intellectuel !
Il s’agit de l’intelligence spirituelle qui nous fait connaître, « voir », sentir, même imparfaitement, ce que nous croyons.
C’est lui qui rend les enfants capables d’aborder les réalités divines de manière très juste.
Le don d’intelligence vient parfaire la vertu de foi et fait de nous des chercheurs de Vérité.

6 Le don de science
Le Saint-Esprit nous aide à discerner les réalités qui passent de celles qui ne passent pas, à nous recentrer sur l’essentiel. Il nous éveille à la présence de Dieu dans sa création, nous permet de dépasser les apparences pour percevoir la dimension surnaturelle de ce que nous sommes.
Il nous simplifie et nous unifie.

7 Le don de sagesse
C’est le don par excellence puisque la sagesse de Dieu est quelqu’un : Notre Seigneur Jésus
« puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1re épître de saint Paul aux Corinthiens 1, 24).
Cette sagesse là n’a rien à voir avec la sagesse du monde, elle n’a d’autre raison d’être que l’amour.

Par le don de sagesse, nous comprenons la manière dont Dieu nous aime et dont les trois Personnes divines s’aiment entre elles, rien que cela ! Dieu veut faire en nous de grandes choses… dans le quotidien de nos vies.

« Et moi je vous dis : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.
Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve, et l’on ouvrira à qui frappe.
Y a-t-il parmi vous un père qui, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou, (s’il demande) un poisson, lui donnera-t-il, au lieu de poisson, un serpent ?
Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ?
Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui lui demandent. » (Luc 11, 9-13)

Saint Matthieu apôtre et évangéliste

Saint Matthieu, auteur du premier évangile, est l’un des douze apôtres. Fils d’Alphée, il porte le nom de Lévi au moment de sa vocation.

Il semble originaire de Capharnaüm où il est publicain, chargé de la collecte des impôts. A ce titre, il tient le bureau de péage, qui tient lieu à la fois de douane, de barrière d’octroi et de péage entre les états du roi Hérode Antipas et de son frère, le tétrarque Philippe.

Le saint a sobrement relaté le récit de sa vocation :
« passant plus loin, Jésus vit, assis au bureau du péage, un homme appelé Matthieu. Et il lui dit : “Suis-moi”. Et, se levant, il le suivit.» (Mt. 9, 9)
A sa gloire d’apôtre saint Matthieu s’ajoute celle d’évangéliste. Il écrivit son récit en langue araméenne, mais ce fut sa traduction grecque qui fut le plus diffusée. L’Église tient la rédaction grecque de saint Matthieu comme le texte canonique divinement inspiré du premier Évangile.

En 954, le corps de saint Matthieu fut retrouvé à Velia, non loin du golfe de Policastro. Il fut transféré dans la cathédrale de Salerne, où il repose toujours.

Au début du XVIIe siècle, le peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio – dit le Caravage – a immortalisé la vie de saint Matthieu en un célèbre triptyque réalisé dans la chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis des Français, à Rome.